Quatrième de couverture de Viperetta d'Antonio Rubino, par Italo Calvino. Éditions Einaudi, 1975.
Non è solo il piacere di ritrovare una delle prime letture della mia infanzia a farmi salutare il ritorno di Viperett ; e non è solo il fatto che oggi guardiamo i disegni di Antonio Rubino (1880-1964) come un tipico esempio di quell’epoca del gusto che viene chiamata “liberty”. La sorpresa a rileggerlo oggi è d’accorgerci che è uno dei pochi “libri per bambini” che meritano di fare il salto, d’essere considerati dei bei libri in sé e per sé. Tanto che viene da stupirsi che la sua fortuna non sia stata molto maggiore, e da chiedersi se non sia un libro fatto per essere letto oggi più che alla data in cui uscì (1919).
Da una coppia di sposi in perpetuo litigio nasce una bambina cattivissima: Viperetta, che coi suoi strilli esaspera la gìà tesa atmosfera familiare, e con le sue impertinenze trasmette la ribellione all’educatissimo figliolame dei conti Ghìngheri e dei signori Gàngheri. Sollevata al volo dai suoi capricci che, uno per capello, la tirano su per il cielo, Viperetta si trova trasportata sulla luna. Va detto che la luna, ai cui raggi la bambia era stata esposta appena nata (tanto da prendersi un “colpo di luna”), aveva segnato Viperetta fin d’allora.
Sul satelitte abbondano i poeti, i filosofi, gli inventori, ma sopratutto i temperamenti depressivi, quali la flemmatica principessa Paolotta e il melanconico principe Lunello. Per sfuggire al boia che deve tagliarle la lingua, alla colerica Viperetta non resta che una fuga che si risolverà in guarigione, cioè nel recupero di un controllo sulla propria spinta distruttiva.
Impostato sull’allegro battibecco di contrapposizioni simmetriche, il libro assume via via la forma tipica del viaggio di una giovane persona alla conquista di si stessa. L’accumulazione d’attributi lunari, d’animali pianti minerali il cui nome o la cui forma sono connessi alla luna ci introduce in un’assorta dimensione interiore. Un esangue Pierrot lunare non poteva mancare in questo catalogo di emblemi. Ma affiorano anche misteriose immagini di sogno, come una gelida notte sulla desolata pianura lunare attraversata da mucche bianche con la corna falcate e da un pastore trasportato dal vento.
Italo CalvinoCe n’est pas seulement le plaisir de retrouver une des premières lectures de mon enfance qui me fait saluer le retour de Viperetta (1919) ; ni même le fait que nous considérons à présent les dessins d’Antonio Rubino (1880-1964) comme particulièrement représentatifs de cette période artistique appelée «liberty». A le relire aujourd’hui, on a la surprise de s’apercevoir qu’il est de ces rares «livres pour enfants» qui transcendent les catégories et méritent d’être considérés comme des œuvres à part entière. Si bien que l’on s’étonne que son succès n’ait pas été beaucoup plus important, et que l’on se demande s’il ne s’adresse pas davantage au lecteur d’aujourd’hui qu’à celui des années 20.
Un jeune couple en perpétuel conflit engendre une exécrable petite fille, Viperetta, dont les cris saturent une atmosphère familiale déjà très tendue, et dont les impertinences font souffler un vent de rébellion parmi la progéniture très policée des comtes Ghingheri et des respectables Gangheri. Enlevée par ses caprices qui, agrippés à chacun de ses cheveux, l’emportent vers le ciel, Viperetta se retrouve bientôt sur la Lune. Il faut dire que la Lune, à laquelle la fillette a été exposée dès sa naissance (jusqu’à prendre un «coup de lune») avait dès le début marqué le destin de Viperetta.
Le satellite abonde en poètes, philosophes, inventeurs, mais surtout en tempéraments dépressifs, telle la flegmatique princesse Paolotta et le mélancolique prince Lunello. Pour échapper au bourreau chargé de lui couper la langue, Viperetta la colérique n’a qu’une seule issue, la fuite, qui sera aussi une voie vers la guérison, vers la maîtrise de ses pulsions destructrices.
Bâti sur de joyeuses joutes d’oppositions et de contraires, le récit prend peu à peu la forme caractéristique du voyage d’une jeune personne à la conquête d’elle-même. L’accumulation d’attributs lunaires, d’animaux, de plantes, de minéraux dont le nom ou la forme sont liés à la Lune, nous introduit dans les arcanes d’un étrange monde intérieur. Un exsangue Pierrot lunaire ne pouvait faire défaut à ce catalogue d’emblèmes. Mais de mystérieuses images de rêve affleurent, telle cette nuit glaciale sur une morne plaine lunaire traversée par des vaches blanches aux cornes en croissant, qu’accompagne un berger transporté par le vent.
Italo Calvino