Version française : Homepage : Presentazione : Traduttrici : Esempi : Links : Contatti

Letteratura

IT Brano del romanzo Baudelaire cerca gloria di Allen S. Weiss pubblicato da Sellerio nel 2010. Il titolo originale in francese è Le Livre Bouffon, Baudelaire à l'Académie, pubblicato da le Seuil, nel 2009.

Une table de travail, c’est un inventaire, une chronologie, une disposition. Baudelaire écrit sur des tables de cafés et de restaurants, dans les bureaux de ses éditeurs et les salons de ses amis, à la bibliothèque et à l’imprimerie, dans les jardins publics et chez son marchand de vin, et même – surtout ! – dans les bordels, quoique jamais, comme Valmont dans Les Liaisons dangereuses, sur les reins d’une prostituée.  Le bureau suscite des passions et des angoisses, des rêveries et des rites. Surtout des rites, essentiels à la créativité : le rite du couteau, le rite du parallélisme, le rite du feuilletage, le rite du maculage, et maints autres. Parfois l’inspiration vient des démons intérieurs, parfois des muses extérieures. Mais le plus souvent elle nous honore simplement grâce à la position du corps, à la disposition de l’esprit, à la quantité d’alcool ou de café... ou à un mélange insondable de mobiles, d’idées et d’émotions. La grâce de la plume frôle toujours sa disgrâce, comme le jour la nuit. Comme l’extase, la déprime.

Baudelaire écrit dans les lieux les plus divers, mais rarement chez lui. Pourtant, ce soir il est soulagé d’être seul dans sa chambre à l’Hôtel de Dieppe, rue d’Amsterdam, en l’absence de Jeanne, qui vagabonde sûrement dans quelque ruelle chaude de Paris. La pièce est quasiment vide, et il songe à ses merveilleuses années de jeunesse à l’Hôtel Pimodan sur l’île-Saint-Louis, à cette chambre sous les combles donnant sur le quai d’Anjou, parée d’un papier peint noir et rouge, éclairée par une seule fenêtre ouverte sur le ciel. Il aimait dire aux visiteurs, troublés par le manque de perspective, pour les rassurer, ou peut-être pour les troubler davantage, « Avez-vous observé qu’un morceau de ciel aperçu par un soupirail, ou entre deux cheminées, deux rochers, ou par une arcade, donne une idée plus profonde de l’infini que le grand panorama vu du haut d’une montagne ? » Là-bas, entouré de ses chats, dans ce lieu clos doté d’une version réduite des Femmes d’Alger de Delacroix au-dessus du divan, ainsi que d’un petit chef-d’œuvre du même artiste – une tête d’une expression inouïe, quasiment extra-terrestre, la douleur incarnée – Baudelaire avait commencé sa vie d’écrivain, avec seulement une trentaine de livres bien choisis enfermés dans un placard à côté de quelques verres magnifiques couleur d’émeraude et de vins du Rhin. Mais, curieusement, dans ce petit musée d’écrivain il n’y avait ni lexiques, ni cabinet de travail, ni table pour écrire.

À chaque déménagement l’on ajoute quelque chose à l’âme, mais l’on perd beaucoup de biens matériels. Autrefois, il rêvait de constituer un petit musée intime chez lui, mais maintenant il ne lui reste que peu de choses : quelques gravures anonymes de danses macabres, une caricature que Charles Philipon avait dessinée, ainsi que des portraits photographiques de lui pris par Nadar, des croquis-autoportraits, une lithographie de Hamlet par Delacroix, un beau dessin de Constantin Guys montrant deux femmes en train de danser un cancan, un rosaire en ivoire à têtes de mort, et, son seul vrai luxe, plusieurs exemplaires de ce signe distinctif du dandy, la canne, achetés au passage Jouffroy dans une boutique de cannes et de parapluies, véritable grotte de l’imagination, fabuleuse phantasmagorie où s’enchevêtrent, en forme de pommeaux, pinces de crabes et becs d’oiseaux, têtes de chiens et visages de diables, doigts tâtonnants et cœurs sacrés, et même la Mort sur échasses déguisée en Pierrot.

Un tavolo di lavoro è un inventario, una cronologia, una disposizione. Baudelaire scrive sui tavolini dei caffè e dei ristoranti, negli uffici dei suoi editori e nei salotti degli amici, in biblioteca e in tipografia, nei giardini pubblici e dal suo vinaio, e perfino – in special modo! – nei bordelli, anche se mai, come Valmont ne Le Relazioni pericolose, sulle reni di una prostituta. La scrivania suscita passioni e angosce, riti e rêverie. Per lo più riti, essenziali alla creatività: il rito del coltello, il rito del parallelismo, il rito delle pagine sfogliate, il rito degli schizzi di inchiostro, e molti altri. A volte l’ispirazione sopraggiunge dai demoni interni, a volte da muse esterne. Ma più spesso, semplicemente, ci onora della sua presenza a seconda della posizione del corpo, della disposizione d’animo, della quantità di alcool o caffè ingurgitata... o di un’insondabile commistione di moventi, emozioni e idee. La grazia della penna sfiora sempre la sua disgrazia, come il giorno, la notte. Come l’estasi, la depressione.

Baudelaire scrive nei luoghi più disparati, ma raramente a casa sua. Eppure, stasera è sollevato di essere nella sua camera all’Hôtel de Dieppe, in rue d’Amsterdam, da solo, senza Jeanne che vagabonda sicuramente in qualche calda alcova di Parigi. La stanza è praticamente vuota, e torna con la mente agli anni meravigliosi della sua giovinezza sull’Ile Saint Louis, in una mansarda dell’Hôtel Pimodan affacciata sul quai d’Anjou, con la carta da parati rossa e nera e la luce che entrava da un’unica finestra aperta sul cielo. A chi gli faceva visita amava dire, per diminuire l’ansia che procurava la mancanza di prospettiva, o forse per acuirla, “Avete mai notato che un lembo di cielo visto da uno spiraglio, o tra due comignoli, due rocce o attraverso un’arcata, dà dell’infinito un’idea più profonda del grandioso panorama che si vede dall’alto di una montagna?” Lassù, fra i suoi gatti, in quello spazio chiuso provvisto di una versione ridotta delle Femmes d’Alger di Delacroix appeso sopra il divano, e di un piccolo capolavoro dello stesso artista – un volto con un’espressione incredibile, quasi non umana, l’incarnazione del dolore – Baudelaire aveva iniziato la sua vita da scrittore, con una trentina di libri accuratamente scelti chiusi in uno stipo insieme a qualche magnifico bicchiere color smeraldo e delle bottiglie di vino del Reno. Stranamente, però, in quel piccolo museo di scrittore non c’erano vocabolari, né studio, né scrivania.

A ogni trasloco l’anima guadagna sempre qualcosa, ma molti beni materiali si perdono. Un tempo sognava di mettere insieme, a casa sua, un piccolo museo intimo, ma adesso gli restano poche cose: qualche incisione anonima di danze macabre, una caricatura disegnata da Charles Philipon, qualche ritratto che gli ha scattato Nadar, qualche schizzo di autoritratto, una litografia di Hamlet di Delacroix, un bel disegno di Constantin Guys con due donne che ballano il can-can, un rosario fatto di teschi d’avorio, e, unico suo lusso, diversi esemplari del segno distintivo del dandy, il bastone da passeggio, acquistati nel passage Jouffroy in un negozio di bastoni e ombrelli, una vera e propria grotta dell’immaginazione, favolosa fantasmagoria in cui manici e pomi fanno un groviglio di chele di granchio e becchi d’uccello, teste di cane e visi di diavoli, dita brancolanti e cuori sacri, dove non manca neppure la Morte, travestita da Pierrot, issata sui trampoli.